Mémoires d'un eunuque dans la Cité Interdite Dan ShiL’histoire de Yu Chunhe débute comme un conte chinois, avec l’histoire d’un amour interdit et impossible, la fuite du village, et les amants séparés. Mais très vite, la triste réalité de cette Chine de la fin du XIXe va le rattraper. Pris au piège par ceux qui ne souhaitent pas qu’il épouse son aimée, il se retrouvera emmené chez l’un des deux castrateurs mandatés par la Cité Interdite, et intégra le coeur de l’Empire, privé de sa masculinité, et condamné à servir les puissants pour le reste de ses jours.

Il faut toujours préciser que le titre est un peu trompeur à mes yeux, étant donné que Yu Chunhe passe plus de temps à nous conter sa vie à l’extérieur de la Cité qu’à l’intérieur. Son témoignage nous apporte cependant de très précieuses indications sur la vie des Chinois de l’époque, leurs difficultés à survivre dans une campagne ponctionnée par les percepteurs et les officiels corrompus ; sur le système de recrutement des eunuques (devant le manque de volontaire et la demande astronomique du Palais, le trafic d’enfants, lucratifs, se met en place) ; sur le fonctionnement de la Cour Impériale ; sur la fuite à Xi’an des suites de la révolte des Boxers et de l’occupation de Pékin par les puissances étrangères, qui marque la fin inexorable de la dynastie Qing ; et enfin sur l’exil à Tianjin des anciens nobles de la Cour (qui seront rejoints par la suite par l’empereur Pu Yi).

A travers les yeux du narrateur, on vit au plus près les journées de la Cour Impériale, sclérosée dans un rituel archaïque, et qui est suspendue aux caprices de l’impératrice douairière Cixi. Les intrigues sont légions, et les eunuques règnent en maîtres sur la Cité Interdite, détournant des sommes astronomiques à leur propre profit. Sans en être les principaux responsables, on s’aperçoit bien que ceux-ci sont en partie responsables du déclin de la dynastie, de sa perte de pouvoir et de prestige. Quiconque s’oppose à un favori de Cixi se retrouve au mieux dégradé, et au pire condamné à mort.

Yu Chunhe nous montre aussi la monotonie de la vie d’un eunuque, qui ne travaille qu’une demi-journée tous les deux jours, et dispose de son temps libre à intriguer contre ses pairs. Chaque gain, monétaire ou de prestige, aussi infime soit-il, est l’enjeu de luttes acharnées entre les différentes factions qui composent la Cour. Les nobles eux-mêmes s’en remettent aux eunuques pour faire triompher leurs cabales (on assiste en direct à l’ascension fulgurante de Yuan Shikai, futur président de la République chinoise).

Le témoignage de la fuite à Xi’an est pour moi le plus intructif de l’ouvrage : on y voit comment la Cour, loin du décorum de la Cité Interdite, perd tout prestige et toute crédibilité. Même Cixi, loin des fastes de ses palais, n’apparaît que comme une petite vieille diminuée, sans autorité. Mais dès que les soieries et les pierres précieuses reviennent, le dragon se réveille…

Pour conclure, je dirais que les mémoires de Yu Chunhe (retravaillées par Dan Shi pour leur ôter un aspect romancé au profit d’une véracité historique) sont un ouvrage important pour la compréhension de la Chine du XIXe siècle. On voit que l’image de décadence qui entoure la Cour des Qing de l’époque n’est pas usurpée, et qu’elle n’a fait que cultiver en elle les germes de sa propre destruction.

 

Annie le Cage Turbulence dans un ciel clairLes témoignages de première main sur les événements de la Révolution Culturelle sont encore somme toute assez rares, même de nos jours. Et ce, d’autant plus si on souhaite avoir un point de vue différent des Chinois qui l’ont vécu. En langue française, il existe quelques mémoires de Garde Rouge publiées (notamment celles de Hua Linshan ou de Dai Hsiao-ai), je n’ai, à ma connaissance, que rarement vu des témoignages d’Occidentaux présents sur place au moment des faits (n’hésitez pas à m’éclairer !). C’est donc avec une certaine curiosité que j’ai entamé la lecture de l’ouvrage d’Annie le Cage.

Diplomate en 1966-67 en poste à Pékin, elle a tenu un journal de son séjour en Chine, ici publié par les éditions Lacurne. Il s’agit à mes yeux d’une source très intéressante pour qui s’intéresse à la Révolution Culturelle, car il permet de voir, à travers les yeux de quelqu’un qui pense comme nous, comment se sont déroulés les événements, mais aussi comment était la vie à l’époque en Chine pour un étranger. Bien entendu, le fait que l’auteur soit membre du corps diplomatique peut fausser le témoignage, mais finalement, il y avait tellement peu de Français à Pékin à l’époque (peu de temps après la reprise des relations diplomatiques entre la Chine et la France) qui vivaient tous dans le même microcosme, en compagnie des autres étrangers d’ailleurs.

Alors, que nous fait découvrir ce livre ? Un monde totalement différent du notre à l’époque, un choc des cultures parfois difficile à vivre pour les expatriés. On y voit comment finalement, la vie de diplomate peut vite se révéler monotone, d’autant plus que les étrangers ne peuvent circuler librement que dans un rayon de 25km autour du centre de Pékin. On a donc vite un sentiment d’enfermement qui se ressent de plus en plus dans le journal d’Annie le Cage.

On voit aussi les premiers signes précurseurs de la Révolution Culturelle, simples remouds dans le calme plat qu’est le Pékin de l’époque, avant de se déverser sur la Chine entière comme un fleuve qui rompt un barrage trop fragile. On sent certaines fois, au détour d’une phrase, une condescendance dans les mots, les termes choisis. Mais comment ne pas l’être à l’époque ? Au contraire, je trouve que l’auteur fait preuve de recul dans ses analyses, et son témoignage est important pour les petits détails de la vie quotidienne : comment évolue le comportements des employés de l’hôtel où elle loge, celui des artisans qu’elle visite régulièrement, voir tout simplement de la foule qui compose la population de la capitale chinoise. Ou comment la foule afflue ou reflue de Pékin, en fonction des manifestations. C’est ce qui fait tout l’intérêt de cet ouvrage, loin des analyses politiques que l’on trouve trop souvent dans les ouvrages sur la Révolution Culturelle.

300 pages qui se dévorent d’une traite, avec parfois quelques longueurs, mais un intérêt continu. En bref, je conseille à ceux qui sont intéressés par la Révolution Culturelle, vue par des yeux étrangers, ou simplement par les récits de voyage. Dépaysement garanti !

 

Réforme opéra Pékin Maël RenouardQue dire sur cet ouvrage, véritable OVNI dans ma bibliothèque chinoise ? Vainqueur du prix Décembre, la Réforme de l’opéra de Pékin de Maël Renouard est un livre étrange, aussi bien dans la forme que dans le fond. S’agissant de la forme, le récit s’étire sur 65 pages dans un format 16,6 x 10,8, avec une police plus grande que la normale. Pour tout dire, en une vingtaine de minutes, le livre était avalé. Est-ce pour autant pour le contenu est lui aussi léger ?

Là encore, l’ambivalence règne : sans une certaine connaissance de la Chine, et notamment de la période de la Révolution Culturelle, l’abondance de noms et d’informations (au demeurant exacts d’une point de vue historique) pourra paraître aride au lecteur. Et si on y cherche le récit romancé d’un écrivain déchu, là aussi la déception risque de l’emporter. Je pense au contraire que le récit est construit de telle manière à habilement mélanger les deux, en se basant sur la véracité historique pour arriver à dégager une certaine poésie de ce qui au premier abord ne s’y prête pas.

Le narrateur, dont on ne connait pas le nom, semble nous livrer ici son testament spirituel, en racontant son expérience de la révolution culturelle, comment il s’est élevé dans la hiérarchie révolutionnaire pour ensuite tomber en disgrâce dans l’oubli et le dédain. Chargé de dépoussiérer l’opéra de Pékin, juger conservateur et contre-révolutionnaire, le narrateur se retrouvera finalement à écrire, presque à lui seul, ce qui composera le canon de l’opéra révolutionnaire de la Révolution Culturelle, les seules huit oeuvres à être autorisées. Mais la mort de Mao et la chute de la Bande des Quatre (dont Jiang Qing, protectrice de cet opéra prolétarien) le conduira à sa perte.

Personnellement, je ne regrette pas mon achat (un livre à 5€, c’est assez rare), car cette réforme de l’opéra de Pékin se révèle être une excellente surprise. je dois dire qu’avant l’annonce du prix Décembre, je n’avais pas entendu parler de ce texte, sorti en Septembre aux éditions Rivages. Et pour une fois que je suis la mode littéraire du moment, c’est une bonne pioche : un récit à la fois court et profond, pour peu que l’on connaisse un minimum le contexte dans lequel évolue le narrateur. Par contre, encore une fois, un profane à l’Histoire chinoise pourra être perdu devant l’abondance de noms et d’anecdotes historiques, qui sont le sel de l’ouvrage.

 

 

Les années rouges Hua LinshanLa Révolution Culturelle est un événement encore trop peu connu aujourd’hui, que cela soit en France ou même en Chine, où la censure joue son rôle à plein sur le sujet. Les rares témoignages que l’on a de cette période trouble proviennent le plus souvent d’anciens gardes rouges ayant quitté le pays, ou témoignant sous couvert de l’anonymat. Parmi eux, l’ouvrage de Hua Linshan fait figure de référence, non pas parce qu’il fut le premier publié (je pense ici aux mémoire du garde rouge Dai Hsio-Ai), mais par la teneur de son propos, et par le fait que Hua Linshan a vécu la révolution culturelle à Guilin, qui fut un de ses coeurs actifs.

On vit ici, presque au jour le jour, les deux années qui auront bouleversé la vie des Chinois, et laissées de profondes cicatrices. L’auteur nous montre les différentes phases que traverse le mouvement, les espoirs et les déceptions des Gardes Rouges, qui seront, sans sans s’apercevoir, manipulés par Mao à des fins personnelles et politiques. La Révolution Culturelle n’est en effet qu’une vaste opération visant à ramener Mao au pouvoir et à écarter les libéraux du Parti, tels Liu Shaoqi ou Deng Xiaoping (dont les idées et les réformes amèneront plus tard la Chine sur le toit du monde…) au profit des extrémistes maoïstes comme la bande des Quatre, menée par Jiang Qing, la femme du Timonier.

On sent, au fil du récit, que Hua Linshan se forge une conscience politique non pas communiste (être communiste et respecter le président Mao coule de source) mais démocratique : en effet, pour les Gardes Rouges, la Révolution Culturelle est l’occasion de redonner le pouvoir directement au peuple, pouvoir que le Parti a peu à peu concentré au mains des bureaucrates et des cadres du Parti. Le modèle de la Commune de Paris est au coeur des programmes établis par les Gardes Rouges, bien qu’il soit rejeté par le Centre, car trop démocratique à ses yeux…

Au fil des variations de la lutte politique qui se joue à Pékin, Hua Lishan sera tour à tour révolutionnaire, ennemi de classe, rebelle. Pour finalement échapper de peu à l’exécution, et être rééduqué par ceux qu’il appelait encore quelque temps plus tôt les conservateurs.

Les Années Rouges se lit comme un roman autobiographique, comme la chronique de deux ans de vie qui forgeront à jamais la conscience d’un homme qui se bat aujourd’hui pour la démocratie. Il est d’ailleurs intéressant de noter que de nombreux défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie en Chine (ou exilés) sont d’anciens Gardes Rouges. La Révolution Culturelle a eu au moins le mérite de souder une génération dans un esprit partagé de démocratie.

Un récit poignant et instructif, que je conseille à tous ceux qui s’intéressent à cette période à la fois riche et trouble de la République Populaire de Chine.

 

Les dix mille marches Lucien BodardPublié en 1991, le livre de Lucien Bodard nous livre une vision romancée de la vie de Jiang Qing, quatrième épouse de Mao Zedong, et qui deviendra l’égérie de la Révolution Culturelle.

D’habitude, je ne suis pas un grand amateur de ces biographies romancées, qui font souvent la part belle à l’imaginaire au détriment de l’Histoire. Malgré tout, les livres sur Jiang Qing étant peu nombreux, j’ai décidé d’entamer la lecture de ce roman, qui est suivi par le Chien de Mao, qui nous narre la vie de Jiang Qing après son arrivée à Luochan.

Lucien Bodard nous livre ici un excellent roman, avec de solides assisses historiques et juste ce qu’il faut d’imaginaire pour que l’on soit totalement emporté dans la vie de celle qui s’appellera Grue des Nuages, puis Pomme bleue à son arrivée à Shanghai. On sent chez l’auteur une grande connaissance de la Chine et de son histoire : son récit nous fait découvrir une période trop peu connue encore aujourd’hui, celle de la Chine du Guomindang (Kuomintang), dirigée d’une main de fer par Tchang kaï-Chek, où le Parti communiste chinois est traqué, divisé, en sursis.

Cette Chine, au carrefour des traditions et de la modernité, se révèle à la fois enchanteresse et traîtresse. On se laisse porter par les plaisirs de Shanghai, de l’opéra et des arts. Cette ville où les Occidentaux règnent en maîtres, aveugles à ce qui se passe hors des murs des concessions. Mais aussi la Shanghai de la bande Verte, celle des attentats, des espions, des bas-fonds malfamés où les militants des deux camps côtoient la lie de la société chinoise : coolie, prostitués, laissés pour compte.

Lucien Bodard, à travers la vie de Jiang Qing, nous narre l’histoire du mouvement communiste chinois, sa genèse, ses premiers succès, mais aussi ses échecs, qui, plusieurs fois, ont failli lui coûter la vie. A travers une galerie de personnages succulents, dégoulinants de malice et de perversité, telle Kang Sheng ou Song Minh, le lecteur se rendra vite compte que personne, absolument personne, n’est tout blanc ou tout noir. Mention spéciale au premier chapitre, qui relate les derniers jours d’un Mao affaibli mais à l’esprit toujours aiguisé, ainsi que les intrigues de sa succession.

Une excellente lecture, que je conseille à la fois pour son apport historique (la vie quotidienne sous la Chine nationaliste) que pour l’histoire qu’elle nous propose, pleine de suspense et d’intrigues retorses. J’entame bientôt la seconde partie, qui nous fera quant à elle découvrir la vie quotidienne à Yanan, bastion communiste dans la guerre contre les Japonais.

 

Liu Xiaobo Philosophie du porcParmi les dissidents politiques chinois, Liu Xiaobo est certainement l’un des plus connus en Occident, notamment depuis sa nomination au prix Nobel de la paix, en octobre 2010. Ce livre est un recueil de textes de l’auteur chinois, traduit par Jean-Philippe Béja, et qui nous permet de mieux comprendre la pensée et l’engagement de Liu Xiaobo. A titre d’anecdotes, il s’agit des premiers textes de l’auteur publiés en français, preuve si il en fallait de l’impact du prix Nobel sur sa notoriété.

Alors, que trouve-t-on dans ce livre ? Tout d’abord, un rappel de l’engagement politique de Liu Xiaobo, qui trouve son apogée, et son tournant, lors de la répression du 4 juin 1989 sur la place Tian’anmen. Il y expose sa vision d’une Chine démocratique, respectueuse des droits de l’homme, et libérée de la chape de plomb que le Parti Communiste Chinois a fait tomber sur la société après les événements du mouvement étudiant. S’en suit une série de textes, publiés dans différents médias indépendants chinois, qui parlent en grande partie du rapport des intellectuels à la société et au Parti. A mes yeux, le texte le plus important, celui qui donne son titre au livre, est « la philosophie du porc », où Liu Xiaobo fustige l’attitude des intellectuels chinois, qui sont « achetés » par le Parti, et « nourris » par lui pour leur plus grand contentement, ayant abandonné la quête morale au profit de la quête matérielle.

Liu Xiaobo nous expose aussi son immense connaissance de la littérature chinoise contemporaine, et l’admiration (parfois critique) qu’il a pour Lu Xun, considéré par beaucoup comme le plus éminent écrivain chinois du XXe siècle.

Ce livre offre un autre regard de la Chine, loin de la vision officielle que les médias nous montrent et remontrent. Il est cependant intéressant de constater des rapprochements entre les idées de Liu Xiaobo, le dissident, et ceux de Wen Jiabao, ancien premier ministre, qui prônait la démocratie, l’abandon du rôle dirigeant du PCC et la liberté de parole. Bien que ces mesures ne soient toujours pas en vigueur en Chine, il est fort probable que la Chine, à un moment ou un autre, devra lâcher du lest si le PCC souhaite conserver sa mainmise sur la vie politique. mais comme toujours en Chine, la vitesse des réformes n’est pas celle de l’Occident : tout se fait par petites touches, souvent imperceptibles aux yeux des observateurs étrangers.

C’est un ouvrage que je conseille fortement, qui offre un aperçu de la Chine sans concession. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, Liu Xiaobo est aussi critique, si ce n’est plus, à l’égard de ses collègues intellectuels, qui se sont vendus au Parti, que vis à vis du Parti, à qui il reconnait de timides avancées, bien que largement insuffisantes à ses yeux. Il ne prône pas la révolution, mais plutôt la réforme, concertée, réfléchie, et surtout pacifique, qui permettra à la Chine de devenir, tôt ou tard, un état de droit.

A noter que Liu Xiabo est toujours aujourd’hui privé de sa liberté et emprisonné en Chine pour ses idées.

 

Good Bye Mao BobinQuiconque s’intéresse de près à la vie en Chine sait qu’il est parfois, voir souvent, difficile d’obtenir des informations fiables sur l’état du pays. Car les informations officielles, ou celles données par des organismes engagés politiquement (qui soient pro-Pékin ou dissidents) sont souvent orientées de manière à encadrer l’opinion publique nationale et internationale. C’est donc avec un certain intérêt que je me suis penché sur le livre de Frédéric Bobin, qui se propose ici de faire un état des lieux de la Chine en 2006 (date de publication du livre). Si certaines choses contenues dans cet ouvrage sont maintenant dépassées, cela ne lui enlève en rien son intérêt, ne serait-ce que pour comprendre les mécanismes de fonctionnement du Parti, et son rapport avec la Chine d’aujourd’hui.

Ancien correspondant du Monde à Pékin, Frédéric Bobin a couvert de 1998 à 2004 l’actualité de la République populaire de Chine, de Hongkong et de Taïwan. On sent une maîtrise certaine du sujet, ainsi qu’un véritable d’enquête. Il ne s’agit pas ici d’un brûlot, comme on peut en voir trop souvent, destiné à tenter de dénigrer la Chine en rassurant le lecteur sur les faiblesses du géant. Au contraire, Frédéric Bobin fait ici le tour de la société chinoise : il pointe aussi bien les forces du PCC (notamment sa capacité d’adaptation) et ses faiblesses (la corruption endémique qui le gangrène).

Il démonte aussi un mythe tenace : celui du capitalisme à la chinoise. L’économie de marché mise en place par le Parti à partir des années 80 n’a strictement rien à voir avec la capitalisme au sens où on l’entend par chez nous. L’influence de la bureaucratie tentaculaire fait qu’il est entièrement contrôlé par l’Etat (ce que l’on voit dans la marge de manœuvre plus ou moins grande accordé aux entrepreneurs privés en fonction de l’air du temps).

De plus, on ressent encore fortement l’héritage de Mao dans la Chine actuelle. Si l’homme (le dieu ?) en lui-même tend à s’effacer, son oeuvre est tenace, et règle encore aujourd’hui de larges parts de la vie chinoise. Son mythe est encore vivace dans les campagnes, où la nostalgie plane, et chez la jeunesse, qui ne voit plus en lui que le héros révolutionnaire et non le dictateur mégalomane.

Goob Bye Mao se révèle une lecture fort instructive pour quiconque s’intéresse à la Chine actuelle. Si il mériterait une petite mise à jour (notamment pour les chiffres donnés), il n’en reste pas moins un coup de loupe immanquable sur l’Empire du Milieu. Dommage qu’il ne soit pas édité (mais facilement trouvable en occasion).

 

Après de longs mois d’inactivité, voici la timide reprise de ce blog, avec la suite de l’article portant sur la dynastie Qin, que je vous encourage à relire avant, histoire de bien resituer la contexte et les noms.

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Bien que les idées légalistes semblent prendre l’ascendant au Qin, Qin Shi Huang continue cependant à se présenter comme le gouvernant sage de la pensée confucéenne, et cite la morale de Confucius comme guide de ses actions. Il est aussi très intéressé par la cosmologie, l’astronomie, et plus particulièrement par le concept théorique des Cinq Éléments. Comme la dynastie Zhou a été associée à l’élément du feu, la dynastie Qin s’est identifiée avec l’élément de l’eau, son opposé, ainsi qu’avec la couleur noire et le chiffre six. Le noir devient ainsi la couleur dominante des vêtements,  et le six la base des systèmes de calculs. Les coiffes officielles doivent mesurer six pouces, et les attelages doivent êtres tirés par six chevaux.

Qin Shi Huang portait aussi un intérêt au Taoïsme. Les taoïstes étaient les plus concernés par la recherche de l’élixir d’immortalité. Durant ses visites aux quatre coins de l’Empire, Qin Shi Huang disperse ses agents afin qu’ils collectent les herbes sensées lui apporter l’immortalité.  Il envoie même une expédition sur l’île de Penghai, où résident, selon la légende, les immortels. Il se rend par trois fois à Langyai, sur la côte du Shandong, et fait ses dévotions dans les temples du dieu des quatre saisons et dans celui du dieu du soleil.

Huit immortels chinois

La relation entre l’empereur et les lettrés était des plus difficiles. En 213 av. JC, un érudit cite les archives historiques pour critiquer l’empereur, qui venait d’accepter la recommandation de Li Si à propos des fiefs féodaux.  En réponse, Li Si présente à l’empereur un mémoire dans lequel il conseille que toutes les archives historiques, hormis celles du Qin, soient réunies par les lettrés (autres que ceux attachés à la cour) afin d’être brûlées. Les copies d’ouvrages comme le livre des chants ou le livre des documents furent collectées et détruites. Mais la destruction ne fut pas complète, et de nombreux livres, en particulier des ouvrages techniques, médicaux ou littéraires échappèrent à l’holocauste.

Si cet incident n’était pas assez suffisant, le mépris des lettrés pour Qin Shi Huang allait se renforcer dans les années suivantes. Après avoir entendu que certains lettrés le critiquaient encore, il condamna plus de 460 d’entre eux à être enterrés vivants. Ces incidents sont relatés par Sima Qian un siècle plus tard, mais leur véracité est incertaine, et il ne pourrait s’agir que de légendes.

Qin Shi Huang exécutions lettrés holocauste livres

Avant même de devenir empereur, Qin Shi Huang avait planifié la construction de sa tombe. Celle-ci commence en 212 av. JC, sur un site situé à cinquante kilomètres de sa capitale Xianyang. Le mausolée est constitué d’un monticule de terre de 352 mètres de long par 347 mètres de large. L’érosion, au fil du temps, a réduit la hauteur du mausolée à 149 mètres de hauteur aujourd’hui, mais il devait être considérablement plus élevé à l’origine. Au centre du monticule se trouve une vaste chambre funéraire. Le mausolée a déjà été pillé par deux fois (la première fois seulement cinq ans après la mort de l’empereur). La chambre funéraire, quant à elle, n’a pas encore été fouillée.

Selon la description donnée par Sima Qian un siècle plus tard, la construction de la tombe a requis le travail de 700 000 ouvriers. Il contient une maquette de l’Empire, avec les cours d’eau en mercure, et un mécanisme afin de représenter les marées. Des bougies faites à partir de graisse de baleine éclairent la tombe, et des pièges sont présents afin d’empêcher les intrusions. Afin de préserver les secrets de la tombe, tous les ingénieurs et ouvriers ayant participé à sa construction y sont aussi enterrés. Des prélèvements faits sur la tombe révèlent une forte concentration de mercure, ce qui tend à corroborer la thèse de Sima Qian.

En 1974, des paysans creusant un puits à proximité à proximité du mausolée ont mis au jour des fragments de poterie, ainsi que des fragments d’armes de bronze. Cela conduira à l’une des plus grandes découvertes archéologiques de tous les temps. Les fouilles permettent de dégager quatre vastes fosses, trois d’entre elles contenant des figures de soldats en terre cuite. La fosse la plus large, d’environ 14000 m², contenant plus de 7500 statues de soldats. La seconde fosse la plus large contenait quant à elle 1400 auriges et cavaliers. Enfin, la troisième fosse contenait les officiers de l’état-major de cette armée en terre cuite. La quatrième fosse était vide, indiquant que cette partie du mausolée est incomplète.

Armée terre cuite Qin Shi Huang Xi'an

Chacune des figures en terre cuite est distincte des autres, et était peinte de couleurs vives, qui ont maintenant presque disparu. D’après les caractéristiques physiques des statues, il apparaît  clairement que certaines d’entre elles représentent des minorités ethniques de l’Empire. L’armée en terre cuite a permis de recueillir une vaste somme de connaissances sur les questions militaires de l’époque. Les armes portées par les soldats incluent des hallebardes, des lances, des arbalètes, et des épées. On a recensé jusqu’à sept types d’armures différents. Les chariots de guerre sont tirés par quatre cheveux, et transportent trois hommes. Ils dirigent l’infanterie, elle-même soutenue par des formations d’archers et d’arbalétriers, et de cavalerie.

En 210 av. JC, Qin Shi Huang voyage jusqu’à la côte de l’actuelle province du Shandong, où, suite à un rêve, il traque et pêche un gigantesque poisson. Peu de temps après, il tombe malade et meurt. Espérant profiter de la situation, Li Si et Zhao Gao, l’eunuque ministre en chef du Qin, dissimulent sa mort en gardant son corps dans le chariot servant de couchage à l’empereur, et cachent l’odeur en entourant ce chariot de charrettes remplies de poisson salé. Se faisant, ils permettent l’accession au trône du plus jeune fils de Qin Shi Huang, Qin Er Shi, qui devient le second empereur.

Qin Er Shi annonce vouloir régner à la manière de son père. Dans un mémoire célèbre, Li Si le conseille à propos de la « supervision et de la tenue responsable », une méthode de contrôle préconisée par les Légalistes. Mais rapidement, les choses commencent à se dégrader. Les lourdes taxes prélevées pour achever la construction du palais de Ebang mécontentent de plus en plus la population. Moins d’un an après l’arrivée sur le trône de Qin Er Shi, une rébellion, menée par Chen Sheng et Wu Guang, deux paysans pauvres, éclate dans l’ancien royaume du Chu. Et moins d’un an après, d’autres révoltes éclatent, et rejoignent les forces de Chen Sheng, qui s’élèvent alors à plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Pire, elles sont à moins de cinquante kilomètres de la capitale. A la cour, Zhao Gao intrigue contre Li Si, qui est condamné à mort et exécuté sur la place du marché de Xianyang. Le pouvoir politique de Zhao Gao est maintenant tel qu’en 207 av. JC, il oblige Qin Er Shi à l’abdication et au suicide. Mais deux mois après les faits, Ziying, le nouvel empereur, fait exécuter Zhao Gao. Mais tout est déjà perdu pour la dynastie Qin. Battu, Ziying se rend à Liu Bang, un des chefs rebelles, qui le fera exécuter lui aussi. Il prendra alors sa place sur le trône, devenant ainsi le premier empereur de la dynastie Han.

Liu Bang premier empereur Han statue

Un siècle après la chute de la dynastie Qin, le poète et homme d’état Jia Yi écrit un essai intitulé « les défauts de Qin », où il analyse les raisons de la chute prématurée de la dynastie. Jia Yi critique Qin Shi Huang pour son ambition démesurée, son mépris pour les anciens rois, et surtout pour le fait d’avoir osé brûler des livres anciens. Après avoir pacifié et fortifié l’empire, Qin Shi Huang supposait qu’il durerait dix mille générations. Mais l’empire Qin portait en son sein une faille mortelle : il n’était pas gouverné avec humanité et droiture, et c’est ce qui permis à des hommes comme Chen Sheng de le renverser.

Ces dernières années, les historiens marxistes ont insisté sur le rôle joué par les paysans dans la chute de la dynastie. Les historiens occidentaux suggèrent eux que cette chute est due à une combinaison de facteurs, qui inclue les lacunes morales des dirigeants, les mécontentements dus à leur politique et l’amplitude de la tâche qu’ils cherchaient à accomplir.

Bien que l’empire Qin n’ait vécu que quinze ans, il a laissé derrière lui un héritage durable. Des innovations majeures sont apparues dans le domaine de l’administration, des communications, des lois, de l’écriture et de nombreux autres domaines. A partir de cette époque, l’idée que la Chine peut devenir un empire unifié voit le jour, et survit encore aujourd’hui, même après des périodes de troubles et de désagrégation de l’unité centrale au profit d’un morcellement en états indépendants. L’empire Han s’est construit sur les ruines de l’empire Qin, et est devenu l’un des plus grands centres de civilisation de l’Antiquité, dont les réalisations rivalisaient avec celles de son contemporain, l’empire romain.

 

Réception colis ChineJe vous avais déjà parlé de la procédure à suivre pour envoyer un colis depuis la Chine vers la France. Cependant, après près de deux mois d’attente, je m’étais presque résigné à ne jamais voir mon colis arriver chez moi. Ce qui aurait été dommageable aux vues du contenu : mes livres de cours de Fudan, mais aussi les BD et les autres lots pour les concours.

Et ce matin : miracle ! La Poste me livre enfin le paquet tant attendu. La raison du retard semble être indiquée sur le colis : ce dernier a été inspecté par les douanes. C’est donc fébrilement que je procède à l’ouverture…

Craignant pour l’état du contenu, je retire un à un les livres et autres objets qu’il contient, mais une fois vidé, un constat s’impose : rien ne manque, et rien n’a subit les affres du voyage ! Il faut dire que les boites vendues par la Poste semblent spécialement adaptées pour pouvoir jouer au foot avec les colis. Et je n’avais protégé le contenu qu’avec de simples sachets en plastique. J’avais opté pour un envoi en six semaines, il n’y a finalement pas temps de retard que ça.

Quel plaisir de retrouver ces livres qui m’ont accompagné pendant un an. Une petite bouffée de nostalgie s’en emparée de moi en les feuilletant, souvenir des salles de classe de Fudan.

Mais je vais aussi bientôt pouvoir faire parvenir les lots aux gagnants des concours, vu que j’ai eu plusieurs messages à ce sujet : ne vous inquiétez pas, je ne vous ai pas oublié !

 

Titanic 2 ChineC’est une annonce qui devrait ravir les fans d’Histoire et de Céline Dion : le PDG de l’entreprise CSC Jinling Shipyard a annoncé hier à Hong-Kong que sa société aller se lancer dans la construction du Titanic II, basé sur les plans du modèle original, lancé en 1911, et qui a coulé lors de son voyage inaugural en avril 1912.

Ce projet est porté par le géant minier australien  Clive Palmer, qui avait annoncé en 2012 vouloir reconstruire le paquebot le plus célèbre de l’Histoire. La conférence de presse donnée hier à Hong-Kong par Blue Star Ferries,  une des entreprises de Clive Palmer, a donc confirmé le lancement de ce projet.

La construction devrait prendre trois ans, et on peut donc espérer voir le navire à flots en 2016. Selon le plan, Titanic II aura la même taille que Titanic I et possède 9 étages, 840 chambres. Le paquebot sera équipé de plusieurs gymnases, piscines, bibliothèques, restaurants et cabines de luxe, et pourra accueillir 900 membres d’équipage et 2 400 passagers.

Pour son premier voyage, le Titanic II devrait suivre le même trajet que celui suivi par son prédécesseur lors de son voyage inaugural. En espérant qu’il ne subisse pas le même sort…