Le titre même de cet article pourra en faire fuir plus d’un. A tous nos chers passionnés, nos chers élèves et étudiants, autodidactes et curieux, oui, les tons jouent un rôle très important dans la langue chinoise. Prenez le temps de comprendre pourquoi, et amusez vous des anecdotes et autres exercices !
Les faits
Faible en variations orthographique des mots, certains assimilent le chinois à une langue de syllabes. Les plus novices d’entre nous prendront l’exemple du célèbre Ni Hao (你好), prononcé à l’envolée, le sourire au lèvre de l’interlocuteur chinois face à vous. D’autres, plus avancés lanceront un ni hai hao ma ? (你还好吗) lorsqu’ils reverront leurs anciens camarades. Facile, qu’ils disaient… Oui, pour des phrases simples, votre interlocuteur pourra facilement comprendre ce que vous voulez dire. Mais dès que l’on arrive dans une conversation un peu plus élaborée, on regrettera de n’avoir pris le temps d’apprendre plus consciencieusement ses tons!
Fonctionnant par syllabes – aussi apellés phonèmes-, le nombre de possibilités est donc limité si l’on compare le nombre de mots à exprimer. Ainsi, l’astuce des chinois fut d’instaurer des tons, quatre au total, auquel s’ajoute un ton neutre. Nous vous invitons à vous entrainer avec l’exercice suivant. Parfaits novices, nous vous invitons d’abord à lire notre première leçon dans la rubrique « cours de chinois », afin de saisir la façon de prononcer les tons.
Exercices
Le célèbre texte de Yuan Ren Chao, « le lion qui mangea le poète » semble l’exercice le plus convenu.
Voyez par vous même :
- « Shī Shì shí shī shǐ »
- Shíshì shīshì Shī Shì, shì shī, shì shí shí shī.
- Shì shíshí shì shì shì shī.
- Shí shí, shì shí shī shì shì.
- Shì shí, shì Shī Shì shì shì.
- Shì shì shì shí shī, shì shǐ shì, shǐ shì shí shī shìshì.
- Shì shí shì shí shī shī, shì shíshì.
- Shíshì shī, Shì shǐ shì shì shíshì.
- Shíshì shì, Shì shǐ shì shí shì shí shī.
- Shí shí, shǐ shí shì shí shī, shí shí shí shī shī.
- Shì shì shì shì.
Avec les caractères :
- 《施氏食獅史》
- 石室詩士施氏,嗜獅,誓食十獅。
- 氏時時適市視獅。
- 十時,適十獅適市。
- 是時,適施氏適市。
- 氏視是十獅,恃矢勢,使是十獅逝世。
- 氏拾是十獅屍,適石室。
- 石室濕,氏使侍拭石室。
- 石室拭,氏始試食是十獅。
- 食時,始識是十獅,實十石獅屍。
- 試釋是事。
Traduction, pour les curieux, en anglais :
- In a stone den was a poet Shi, who was a lion addict, and had resolved to eat ten.
- He often went to the market to look for lions.
- At ten o’clock, ten lions had just arrived at the market.
- At that time, Shi had just arrived at the market.
- He saw those ten lions, and using his trusty arrows, caused the ten lions to die.
- He brought the corpses of the ten lions to the stone den.
- The stone den was damp. He asked his servants to wipe it.
- After the stone den was wiped, he tried to eat those ten lions.
- When he ate, he realized that those ten lions were in fact ten stone lion corpses.
- Try to explain this matter.
Extrait d’un article de Wikipedia anglophone disponible ici
On remarque bien alors l’intérêt d’insister sur les tons, le cas échéant, l’ensemble n’ayant plus aucune forme de signification particulière.
Aller plus loin
On penserait alors qu’avec des tons biens prononcés, on pourrait se faire comprendre parfaitement lors d’une conversation en chinois ? Encore une illusion ! En effet, le système de tons n’étant pas aussi développé qu’en cantonnais (9 tons), il demeure un grand nombre de caractères possédant à la fois des pinyin et des tons similaires -d’aucuns l’auront peut être remarqué dans le texte ci dessus-. Dans ce cas, si le sujet n’est pas compris, l’interlocuteur chinois vous demandera de quel mot est extrait le caractère. Exemple, si vous dites « je m’appelle Shuai » ‘帅’ (quatrième ton, « beau »), alors on vous demandera « quel Shuai ? », et il conviendra de répondre au choix dans les mots ayant pour composante ce caractère. Exemple : « Shuai Ge de Shuai » ‘帅哥的帅’ (le « beau » de « beau-gosse »). Mais tout ça, c’est une autre histoire…











Il m’a bien fallut 2 ans avant de prononcer correctement 自行车 zìxíngchē.
Le mauvais usage des tons fait souvent rire jaune les chinois mais vous n’avez qu’à leur demander de dire « grognement » – ce sera à votre tour de vous rouler par terre !
« Pour aller plus loin.. » le putonghua dévie largement selon les provinces.. A Pékin on dit « yi bai » pour « cent », à Xi’an, dans la rue, on dira quelque chose comme « yi bêi ». Sans compter les exceptions, les changements de ton du 一 « yi » selon l’usage qu’on en fait ..
La seule façon de se racrocher aux branches, pas livresque.. c’est de répeter des phrases entières, ainsi, le cerveau enregistre la phrase musicale de l’ENSEMBLE. On peut apprendre l’espagnol seul – pas le chinois. C’est une impérieuse necessité de discuter, même chichement, avec le serveur de restau. Seul, on s’enfonce dans sa socio-culture occidentale; les chinois le pratiquent en toute occasion : emmerder les anglophones pour leur soutirer la pronciation. Faites comme eux.. fréquentez des chinois – sans quoi : point de salut.